Guzzi porte-bonheur

En sortant de Blagnac (aéroport de Toulouse), je tourne à gauche vers le parking moto et retrouve mon pote Jess qui me tend un porte-clefs. A bien y regarder, il a été fabriqué main. « Watashi Mo Samui » est frappé sur le cuir. C’est du japonais et cela me rappelle immédiatement pourquoi je suis ici… J’ai perdu un pari sur une réplique du film – Le Dernier Samouraï – et la sentence est claire : un weekend moto dans les Pyrénées en V7.

Au bout de la lanière de cuir pend une clef noire siglée d’un aigle. C’est une des clefs du bonheur, celle d’une Moto Guzzi V7 III Stone couleur « nero ruvido ». C’est la petite fillotte de la V7 de 1965 où la version civile gagnait alors une dizaine de chevaux et perdait 20kgs par rapport aux modèles de police ! Une autre époque donc, où les autorités couraient avec des motos moins puissantes que leurs rivaux. On imagine bien ce que cela signifierai aujourd’hui si les flics ne pouvaient pas rattraper un motard zélé qui possèderai la même moto… !

Avec les 52 pottoks (poneys basques) de son bicylindre en V ouvert à 90° et orienté face à la route, la Guzzi démarre avec son couple de renversement caractéristique. Puis elle se met à galoper en direction de l’autoroute pour tracer et rejoindre le pied des Pyrénées. Quitte à faire de la ligne droite autant que ce soit rapide. D’autant plus qu’il ne nous reste plus beaucoup de temps avant l’extinction des feux solaires. Courte pause essence/café froid/saucisson (drôle de combo ? oui je sais…) et on arrive au camping où nous allons pouvoir trouver une bière fraîche dans le frigo de la réception et un tire-bouchon pour le rouge (nous avons oublié le nôtre).

J’adore me réveiller avec l’idée que je vais préparer le café avec un réchaud au butagaz et du café soluble…  Tartines de miel en plus. Le départ est rapide tant nous avons hâte d’aller rider le parc national des Pyrénées. Le premier arrêt pour contrôler l’itinéraire se fait à proximité d’une poubelle décorée, je dirai même plus « pimpée ». Elle est tellement belle que je n’ose jeter quoique ce soit dedans. J’imagine que c’est l’effet escompté ?

La route sinuant, je m’arrête pour ajuster l’embrayage qui, réglé d’usine, ne me convient pas. J’en profite pour faire quelques clichés de ma monture qui ressemble décidemment beaucoup à un pottok (en couleur et en taille) ! On fait de même sur la V7 special de Jess pour que ce soit plus doux et plus confortable. Arrêt à la Mongie, juste avant le Tourmalet pour se sustenter d’un bon burger montagnard et d’une Jupiler au soleil. En passant le col je reprends une photo exactement au même endroit qu’il y a 6 ans où je passais en Honda XL650V Transalp avec ma future femme. Mais ça je ne le savais pas encore à l’époque…

Pause essence. C’est le moment d’aller se soulager derrière un arbre. C’est là que je me rappelle la phrase que je dis souvent « une vessie bien remplie dissipe l’esprit ». Pas très longtemps après nous passons par Bielle, nom de village sympa qui sent bon la mécanique. À moins que ce ne soit le village de Jessica ? En fin de journée, nous patientons devant un petit de bistro de village pour avoir une table dehors et déguster une bière fraîche. Avant de partir Jess demande au tenancier s’il ne connaît pas un endroit sympa pour camper ce soir.

Trente minutes plus tard nous voilà sur un plateau d’altitude au milieu de chevaux sauvages sur les bords d’un torrent. On s’y reprendra à 3 fois avant de planter la tente afin d’être sûr que nous ne sommes pas sur le chemin où passent ces chevaux qui nous écraseraient comme des miettes. Le sol est jonché de chardons violacés et une cascade sereine évacue son eau. La lune éclaire notre campement, la soirée est superbe. Le torrent rafraîchit nos bières et les bières nous rafraîchissent l’esprit pendant que les flammes nous hypnotisent.

Au réveil du second matin, le soleil illumine la cime des pics qui nous surplombent. Selon le même rituel que la veille, nous n’avons plus qu’à packer. On boit le café en attendant que les rayons du soleil aient fait sécher la rosée sur nos V7 et surtout sur notre tente pour ne pas la replier mouillée. On repart le cœur réchauffé par tant de beauté et de belle nature mais surtout l’envie d’aller rouler… Une pause café dans un bar tabac nous permet de caler l’itinéraire de la journée. Aujourd’hui les routes sont parsemées de cyclistes, sans doute parce que nous sommes fin juillet, période post-tour de France. Une petite route nous attire pour s’arrêter déjeuner. Elle débouche sur une vue amusante d’une montagne mi-herbe, mi-roche. On s’installe par terre pour pique-niquer. Dans l’après-midi nous nous arrêtons en haut d’un col pour boire une bière super fraîche ce qui fait du bien vu la température ambiante !

Le soir nous remontons dans les hauteurs pour se trouver un campement au frais. Il fait 30° dans la vallée. Après une vingtaine de minutes sur route défoncée, une cabane perchée dans une clairière nous accueille à bancs ouverts. Les tâches sont vite réparties. Je monterai la tente et le couchage pendant que Jess fera la corvée bois. C’était sans compter qu’il ramène des arbres morts entiers ! Le déballage de notre dîner est toujours un moment de découverte. Devant le supermarché, c’est chacun son tour pour ravitailler en faisant la surprise à l’autre ! Pâté, cochonnaille et salade froide accompagneront le rosé qui ne sera pas frais ce soir… Il n’y a pas de ruisseau, ni de torrent pour nous le rafraîchir ! Qu’est ce que ça fait du bien d’être hors murs, dans la nature, entre potes, avec un peu de gniole pour refaire le monde…

Le matin on redescend de là au point mort tout au frein sur la route défoncée. On doit malheureusement se remettre en marche vers Toulouse. Les deux premières heures se font sur des routes courbées comme on les aime mais très vite on débouche sur des départementales puis des nationales où le trafic s’intensifie jusqu’aux derniers bouts d’autoroute pour ne pas être en retard à la concession pour rendre la bête. Je suis déjà triste à l’idée de la rendre cette petite V7. Mais avant je m’arrête lui faire le plein et lui passer un coup de jet d’eau. C’est une affaire personnelle de rendre quelque chose que l’on m’a prêté ou loué dans le même état que lorsque l’on me l’a donné. A l’aéroport j’avais remis à zéro le compteur kilométrique. Et là stupéfaction en tournant la clef pour regarder combien on a fait de kils… 888.8Kms ! Ça ne s’invente pas, les étoiles sont avec moi. Elles se sont même logées dans mes yeux quand je repense à toutes les superbes routes parcourues dans ces Pyrénées sauvages. Mais alors j’en pense quoi de cette moto ?

A suivre… la revue de la V7… stay tuned!

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